Gangs de Rue

Photo : Jacques Nadeau

En tant qu’haïtienne de Montréal, je suis confrontée à la réalité d’une image qui salit gâche et méprise le travail de mes ancêtres. Une réalité qui se moque de tous les efforts que ces pionniers ont faits pour être traités avec égalité et respect. Le phénomène des Gangs de Rue est un phénomène honteux qui tâche la réputation de chaque haïtien de Montréal,

Souvent j’entends des québécois dirent avoir une peur bleue de ces gens qui font la terreur dans les métros ou dans certains quartiers où la population d’immigrante est élevée. Ce qu’ils ne savent peut-être pas c’est que plusieurs d’entre nous ont aussi très peur de ces gens. Une peur, une honte, un mépris, une tristesse envers ceux qui ne réalisent peut-être pas à quel point leurs agissements blessent toutes les générations haïtiennes de Montréal.

De la peur pour notre propre sécurité et celle de nos proches. La communauté noire de Montréal a perdue plusieurs de ses jeunes, qui se retrouvaient par une malchance incroyable à la mauvaise place au mauvais moment. Qui n’a pas entendu parlé de Wagner Thermidor? Un jeune étudiant haïtien, de 28 ans, qui a été abattu par une balle perdue pendant une célébration de la Saint-Jean Baptiste en 2008. Ou encore d’Andrew Hunte ce jeune noir de 22 ans qui à lui aussi été enlevé de ce monde trop tôt par la seule chose gratuite que nous offre ces gangs de rue, la violence?

De la honte, car nous savons très bien que ces gens n’ont aucunement appris tous ces crimes à la maison. Toute personne qui a été élevé dans une famille haïtienne sait ce qu’est une éducation stricte. Nous sommes constamment rappelés que  nos parents sont arrivés au Québec dans le but d’avoir un bon avenir et d’élever des enfants qui auront de meilleures opportunités qu’eux. La sévérité avec laquelle ils nous ont éduqués était et est encore étroitement liée à leur dévotion, amour et désir de nous voir exceller. Aucun d’entre eux, même dans leurs cauchemars les plus pires, ne pensaient un jour voir leurs enfants tomber dans un univers de crime, de violence, de meurtres, qu’est celui des gangs de rues. Mon cœur est en peine  pour ces parents haïtiens, car malgré tous ce qu’ils ont fait, le comportement de leurs enfants est une véritable gifle au visage, un manque de respect absolu, une moquerie cruelle et une attaque personnelle envers eux et leurs efforts. J’ai honte quand j’entends parler de leurs actes dans les médias. J’ai honte que notre nom est terni par leurs actions. Je n’ai pas honte de mon pays  ni de mes origines, mais j’ai honte qu’ils sont pratiquement directement reliés au phénomène de gangs de rue. Je sais très bien qu’il n’y a pas seulement que des Haïtiens dans ces gangs, mais c’est bien d’eux qu’on entend parler le plus souvent.

Du mépris, car ils ruinent sans aucune honte notre image qui est déjà bien malgré elle plus ou moins acceptée dans une société où le racisme existe encore. J’ai la rage au cœur lorsque j’entends les histoires de mes cousins, amis, frères et camarades de classe, qui ne sont aucunement associés à cet univers. Ils décrivent des situations injustes où ils se sont retrouvés simplement parce qu’ils ‘’ressemblent’’ à un membre de gang de rue. Je les méprise car ils nous font du mal. Ils crachent sur notre histoire, sur nos ancêtres, sur notre évolution. Je les méprise, car ils brisent des vies, déchirent des familles, violent des enfances, terrorise des quartiers. Je les méprise, mais en même temps je désire pouvoir les aider, pouvoir les sortir de la rue, pouvoir les sortir de ce troue dont le seul fond est la mort. Je veux entendre de plus en plus de vrais témoignages d’anciens membres de gang de rue comme celui d’Ali Nestor Charles, qui a changé de vie après avoir quitté un gang ou encore d’Emmanuel Lafontant qui à un témoigne touchant sur la façon que l’amour de Dieu à changé sa vie.

Beaucoup de tristesse parce que veut ou veut pas ces gens sont nos jeunes, notre peuple, nos enfants, nos familles, nos amis. Ces gens sont humains malgré leurs actions et ces gens ont besoin d’être aidés. Ces gens sont autant des enfants de Dieu que nous, qui ne sont pas dans un gang. Ces gens sont aimés de quelqu’un et à leurs morts des cries vont être entendus, des larmes vont couler, des pincements de cœurs vont être ressentis.

Bien que se soit un sujet délicat, nous sommes tous d’accord pour dire que les choses doivent changer. Les gangs doivent disparaître. Des âmes doivent être sauvées.

Mouvement Wagner Thermidor:

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Jessie

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