Le Suicide

Il y a plusieurs mois de cela j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps pour une jeune disparue que je ne connaissais pas. Alors que je naviguais sur Facebook, je suis tombée sur un groupe dédié à la mémoire d’une jeune Haïtienne. Souffrante d’une profonde dépression secrète, elle s’était enlevée la vie, laissant derrière elle parents et amis attristés et déchirés par son geste incompréhensible. En lisant les témoignages de sa famille et de ses amis et en regardant les photos et la vidéo publiées dans le groupe, je n’ai su retenir mes larmes. Triste, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi. Ses proches la décrivaient comme une belle jeune fille, drôle et souriante qui remplissait leurs vies de bonheur et de joie. Bien que je ne la connaissais pas sa mort m’affectait et me troublait. Irrationnellement, je me sentais coupable. Je regrettais de ne pas l’avoir connue et de n’avoir pu rien faire pour l’aider. Elle était si jolie. Quelques mois plus tard j’entendis parler d’un jeune Haïtien qui lui aussi avait décidé de mettre fin à ses jours. Nouvellement marié, il était un père de famille, un fils, un frère, un ami. Ses proches, atterrés par  sa mort,  n’avaient jamais cru qu’un jour il allait poser ce geste fatal.

Le suicide est tellement tabou dans la communauté Haïtienne. J’entends souvent les «granmounes» parler et dire qu’ils n’avaient jamais vraiment connu ce phénomène en Haïti. Ils ne comprennent pas pourquoi un jeune peut en arriver là. En comparant leur vie à la nôtre, ils sont convaincus que seuls eux peuvent connaître une vraie souffrance. Que savent-ils de la vraie vie, disent-ils des jeunes Haïtiens, nous avons connu la misère, nous savons c’est quoi travailler dure et  faire des grands sacrifices. Connaissant bien la mentalité Haïtienne par fois trop arriérée, je n’arrive pas à m’imaginer comment un jeune haïtien suicidaire pourrait  essayer d’approcher ses parents avec sa détresse. Je tremble en passant à leur réaction.

Sans vouloir les blâmer, ni les réprimander, je crois que certains parents Haïtiens se doivent d’essayer de comprendre davantage leurs enfants. Ils ne doivent pas banaliser leurs problèmes. Selon moi il n’y a rien de pire qu’un enfant incapable de communiquer ses peines à ses parents par peur d’être jugé. D’un autre côté,  suicidaires ou pas je remarque que plusieurs jeunes Haïtien(ne)s ne sont pas capables de verbaliser leurs chagrins, frustrations et douleurs. Lorsque confrontés, ils se frustrent ou s’emportent. Ils se renferment encore plus, gardant pour eux ce qui les perturbent. Bien souvent en voyant leur comportement ou leurs sautes d’humeur les parents les réprimandes, ce qui renfonce le jeune encore plus. Si j’avais été capable de dire à mes parents : «Mammie, Papi, non je ne fais pas du «malhonete», j’ai juste beaucoup de peine en ce moment à cause de ce qui s’est passé à l’école aujourd’hui. Si vous me laissez bouder pendant un instant ou relaxer en regardant la télé je vous promets que je vais aller lire, faire mes devoirs et ensuite je vais aller au lit», et que si mes parents avaient bien compris le message, j’aurai évité plusieurs conflits. Je n’étais aucunement une enfant rebelle, mais je n’avais jamais été encouragé à partager mes sentiments, comme je n’avais jamais appris à leur dire je t’aime.

Le suicide est un sujet qui me touche particulièrement. Bien que impossible, je souhaiterai pouvoir aider tous ceux qui ont des pensées suicidaires ou qui sont suicidaires. Il n’y a rien de plus douleur que de perdre un ami ou un proche de cette façon. Bien que les signes ne sont pas toujours évident, je vous encourage à être attentifs aux gens qui vous entours.

Besoin d’aide? Ne tardez pas:

Tel Jeunes :

1-800-263-2266

http://teljeunes.com/informe-toi/suicide

Suicide Action Montréal :

514-723-4000

http://www.suicideactionmontreal.org/

Centres de Prévention du Suicide dans la région de Québec et Montréal:

http://www.suicideinfo.ca/csp/go.aspx?tabid=88

Jessie

jessieblog@live.ca