Euh…merci?

Je souhaitais faire un retour sur l’épisode qu’a vécu mon amie et collaboratrice Jessie tel que décrit dans son récent billet « Compliments ignorants » que je vous invite à consulter.
Je tiens cependant à vous rassurer que je ne prononce pas de façon à vouloir en minimiser l’impact.

Se dit de l’ignorance :
1 – Etat d’une personne qui n’est pas informée de quelque chose, qui n’en a pas connaissance.
2 – Absence de connaissance, manque d’instruction.

A cet effet, le qualificatif choisi par Jessie est approprié. Cependant, on ne peut blâmer un ignorant qui par définition, n’a pas connaissance ni considération appropriée de ses paroles et actions.

A mon humble opinion, malgré l’évidente irritation qui en a résulté, je doute fort qu’une quelconque motivation désobligeante ait été à l’origine de l’intervention de ce monsieur.

Voyez-vous, envers et contre tout, mon expérience et mon vécu me permettent la clarté et la maturité d’admettre que pareille circonstance n’a rien d’étonnant, singulier ou inhabituel.

Si je comptais le nombre de fois où je me suis mérité l’une ou l’autre remarque, citons :

« …tu parles pas comme les autres haïtiens… »
« …y sont tous comme çà (ç-à-d. -insérez votre qualitficatif stéréotypique ici-)…sauf Oli, lui c’est pas pareil… »
« …’Day’, c’est pas un nom haïtien çà… »
« …prends-le pas mal mais… »

Lorsque je reçois ce genre de « compliment », je souris.
Non, vraiment.
Je souris et je les rassure que je ne le prends pas mal…mais je prends tout de même le soin de clarifier certaines choses pour ceux qui seraient portés à perdurer dans leur ignorance.
Je crois que rire et sourire permet d’alléger la situation qui aurait un potentiel de devenir conflictuelle.
Un de mes trucs favoris, par exemple, lorsque je me fais observer l’absence de « l’accent » haïtien dans mon discours, est de relancer en disant :
« …kòman sa jé p’al pa kòm les zot’ ayisyen?…paské jé p’al pa kòm sa?… »

Je le fais en bonne humeur mais aussi pour signifier que je comprends leurs observations.
Oui, il y a de ces petites singularités colorées qui nous distinguent:
le fameux « u » prononcé « i »… notre agréable relation avec la ponctualité quant à la tenue de nos événements et spectacles…
« Tchuuiip » est plus qu’une simple onomatopée – c’est une trait de caractère, une étiquette culturelle, un badge d’honneur même…

Mais pourquoi s’en cacher?
Traitez-moi d’éternel optimiste mais, je continue de penser que toute remarque résultant d’une opinion essentiellement stéréotypique n’est pas nécessairement une insulte. Qu’on le veuille ou non, ces dits stéréotypes, aussi peu flatteurs ou inconfortables soeint-ils, retiennent tout de même une part de vérité.
J’ai grandi à Port-au-Prince, mon vécu, mon passé, mon éducation, ma famille, ma culture, mes racines sont ancrés dans cette petite île qui me manque encore.

Je ne m’attends pas à ce qu’un individu d’éducation et aux antécédents différents n’ait pas un tant soit peu d’interrogations vis-à-vis d’une culture qui lui est étrangère.

Aussi, on ne peut culpabiliser l’interlocuteur dont la base de référence est pauvre ou inexistante.

Tous mes amis et collègues québécois avec qui j’ai eu ce genre de conversation vous le confirmeront – je suis pleinement ouvert à converser et élucider ces différents mystères. Simplement parce que j’accorde la chance au coureur en étant conscient que la question est sans doute animée par un désir de compréhension pour une meilleure interprétation de certaines conceptions…souvent erronées.

Bien sûr, pour revenir à l(‘a) (més)aventure de Jessie, tout est dans la façon de communiquer cette curiosité –

Toutefois, j’avoue que « …vous êtes vraiment un beau nègre… », çà passe un peu moins bien.

Olivier Day

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Un commentaire sur « Euh…merci? »

  1. Je serais d’accord avec toi si les Haïtiens n’étaient pas à Montréal depuis environ 50 ans. On ne peut blâmer qqn pour son ignorance et les commentaires qui en découlent, mais on peut se questionner sur le manque de curiosité et d’ouverture envers une « communauté » qui fait maintenant partie intégral du tissu montréalais. Donc si un individu ayant vécu toute sa vie à Montréal choisit de limiter sa connaissance des Haïtiens aux stéréotypes sans jamais s’y intéresser, il est normal de douter de la bonne foi de cette personne… Les commentaires auxquels Jessie fait allusion démontrent une vision selon laquelle les immigrants mettent en danger le français au Québec. Ne pas savoir qu’Haïti est un pays francophone relève en effet de l’ignorance. Mais l’ignorance ne peut plus servir d’excuse lorsqu’on ferme les yeux à une réalité qui nous entoure!

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