Les chiclets de mon père

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J’ai dans la tête plusieurs petits morceaux de casse-tête imprimés de souvenirs de mon père. Un casse-tête qui jadis était complet, mais qui depuis son départ à perdu d’importantes pièces. Je me souviens de lui et de sa personnalité. Je me souviens de son grand rire qui s’étendait et s’entendait d’un étage à l’autre, d’une pièce à l’autre. De lui avec ses cigarettes et de lui sans ses cigarettes.

«Les filles, j’ai une annonce à faire, nous a-t-il dit alors que mes sœurs, ma mère et moi étions occupées dans la cuisine une samedi matin. 

Yesssss. On va à New York à dit l’une d’entre nous. 

Non. J’ai. J’ai…. arrêté de fumer. Ça fait quelque temps que j’ai arrêté, je ne voulais rien dire avant d’être certain.»

(Insérez moment de joie, de fierté et de bonheur familial ici) 

Je me souviens de ses milles et un projets de rénovation interminable. Je me souviens de ses spécialités: oeufs avec bananes plantains et saucisses; mais moulu avec zaboca; diri blan avec legum.  Je me souviens des bruits qu’il faisait quand il savourait un plat avec appétit, et de sa façon d’écarter les pois verts qui s’étaient malencontreusement retrouvés dans son assiette, il détestait les pois verts.

Je me souviens de ses odeurs. Mon père était machiniste pour l’un des plus importants fabricants canadien de moteurs d’avions et lorsqu’il rentrait à la maison du boulot, il avait une odeur très particulière. J’ai grandi avec cette odeur. Une odeur, de machine, d’huile, de fer… Mais quand il sortait, il sentait le monsieur, le propre, le rasé, le parfumé. Il sentait les chiclets.

Je me souviens de ses chiclets. L’intérieur de la voiture de mon père sentait le cuir et  les chiclets. Mon père avait toujours dans ses poches ou dans l’un des compartiments de sa voiture un paquet de gommes chiclets. Les paquets classiques, jaunes, ceux qui goûtent la menthe. La gomme chiclets était sa gomme de choix, la seule qu’il mâchouillait, la seule qu’il aimait. Il n’aimait pas les bonbons ni le sucre, mais il ne pouvait se passer de ses gommes chiclets.

«Tu veux une chiclet, m’offrait-il avant de démarrer.» Trop jeune pour aller à l’école avec mes grandes sœurs, je passais souvent des avant-midis  avec lui (avant son shift de soir) à faire des courses et des commissions.

L’autre jour chez Oscar, je suis tombée sur des chiclets, parce que ça fait longtemps, et parce qu’il me manque, je me suis achetée un paquet que j’ai mangé en sa mémoire.

Jessie Blog
jessieblog@live.ca

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